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Joyeux HalloweeNoël !


Plus les années passent et plus la noëlite (fièvre de Noël) s'abat de bonne heure. Le mois d'octobre commence à peine que les catalogues de jouets déferlent dans les boîtes aux lettres. On pense déjà Noël alors que les affres d’Halloween n’ont pas encore sévi. Cette année encore, le père Noël sur son traineau fait une queue de poisson à Carabosse à califourchon sur son balai, avec un bras d’honneur au passage.

La société de consommation lamine tout. Au train où vont les choses, dans quelques années, les guirlandes se disputeront les rayons des supermarchés avec les fournitures scolaires qui, elles, font déjà leur apparition aux premiers jours d’été. Pour inciter le consommateur à acheter, on décale les campagnes commerciales de plus en plus tôt avant le jour J de ce qu’on est censé fêter, dans une véritable compétition mercantile. C'est à celui qui commencera à noëliser son magasin avant les autres. On se fiche d’honorer une fête. Le but est ailleurs. Pour les requins des affaires, Noël n’est plus la célébration de la naissance du Christ mais une manne qui rapporte beaucoup d’argent. Jouets, sapins, jeux vidéo, foie gras, bûches, bouffe, champagne… de quoi se frotter les mains face à la frénésie du consommateur conditionné. Et plus tôt on commence à conditionner les cerveaux disponibles, plus vite on remplit le tiroir-caisse. Noël est devenu la foire à Neuneu.

Dépassées par la fièvre acheteuse de Noël, les citrouilles Halloween font grise mine. Cette fête importée, qui n’a jamais été la nôtre car ne faisant référence à aucun fait propre à notre culture, ne satisfait réellement que les commerçants et les commerciaux. Ils ont trouvé chez l’enfant un vecteur idéal pour masques et bonbons en tous genres. Le 31 octobre, le soir tombe à peine que déjà le glucose s’écoule, de portail en sonnette, tandis que surgissent les déguisements approximatifs censés effrayer la ménagère… quand les enfants veulent bien se donner la peine de se costumer. Mais les sorcières s’essoufflent sur leur balai, les chauves-souris battent de l’aile et les vampires souffrent de scorbut. La grotesque mascarade made in USA se fait damer le pion un peu plus chaque année par un divin enfant qui naît systématiquement avant terme, jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un embryon insignifiant dans une crèche obsolescente.

Noël, la plus belle fête de l’année, représentait il n’y a pas encore si longtemps, une cohésion chrétienne, car Noël est avant tout une fête religieuse. On l’avait presque oublié. On préparait le sapin quelques jours avant le 25 décembre, on s’habillait pour assister à la messe de minuit. Et le grand soir, les enfants allaient se coucher, fébriles à l’idée que le père Noël déposerait des joujoux dans leurs petits souliers, comme le chantait si bien Tino Rossi. Que reste-t-il de ces instants magiques ? Quel gamin de nos jours est-il capable de dire ce qu’est Noël ? Aujourd’hui, vous allez dans n’importe quel magasin le 24 décembre, vous constatez que tous les rayons de Noël sont vides. Noël est terminé alors qu’il n’a pas encore commencé. Ainsi en ont décidé les prélats du sacrosaint commerce, car si quelque chose est saint dans l’histoire, c’est bien le commerce.

Chaque année, une nouvelle fête vient s’ajouter à la liste. Si ces fêtes évoquaient jadis une date sur le calendrier, une commémoration, un événement historique ou religieux, nous offrant la faveur d’un jour férié, il faut se rendre à l’évidence, le moteur essentiel des fêtes est à ce jour uniquement lié à la consommation. Car de nos jours, fête = dépense. C’est uniquement la raison d’être de toute fête. Après Noël et ses jouets fabriqués par des petites esclaves à Hong-Kong, après le Nouvel-An et ses chocolats hors de prix, après Pâques et ses œufs aux OGM, après l’Épiphanie et ses brioches hors date, après la fête des mères, la fête des pères, la St Valentin… nous avons vu arriver Halloween, la fête des grand-mères, la Midsommar, la St Patrick, le nouvel-an chinois, le ramadan… avec toujours bien entendu les rayons assortis dans nos grandes surfaces. Quelles fêtes verrons-nous demain investir le territoire national ? Le jour de l’Indépendance ? La fête japonaise du cerf-volant ? Le Yom Kippour ? Le Carnaval de Rio ? Aux confins des sièges sociaux, dans quelque bureau feutré, les dignitaires du Grand Bizness et les monarques de l’économie de marché creusent l’idée : « qu’est-ce qu’on va bien pouvoir encore mettre en place pour plumer un peu plus tous ces pigeons ? ».

Pourtant, il est facile de ne pas adhérer à ces opérations juteuses qui n’ont pas d’autre but que d’inciter à la dépense, au détriment des fêtes que le commerce a complètement dénaturées et sorties de leur contexte. Grand sera le jour où fatigués d’errer loin de chez eux, les squelettes s’en retourneront à leurs nécrologues d’outre-Atlantique et où le petit Jésus, pathétique et délaissé, retrouvera son allégresse que les commerciaux ont, depuis trop longtemps, corrompue.

 

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