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De l'anthrax au coronavirus


Imaginez qu'en faisant vos courses dans votre supermarché préféré, vous vous mettiez à tousser et que vous vous exclamiez, comme ça, pour plaisanter : "ah la vache, j'en tiens une bonne ! j'ai dû choper le coronavirus !" Votre boutade va aussitôt déclencher une panique dans la boutique, les ménagères aux abois carapateront vers les caisses, abandonnant leur chariot, et les caissières hystériques lanceront des appels de détresse tout azimut. Et vous, pauvre de vous, serez accueilli à la sortie du magasin par les bras armés d'un fourgon sanitaire et ceinturé dans un caisson d'isolement. Plus tard, quand les analystes s'apercevront que vous souffrez d'une laryngite sans intérêt, ils ne vous relâcheront pas pour autant mais vous remettront aux mains de la justice qui vous condamnera pour entrave majeure au bon déroulement d'une pandémie conditionnée.

Absurde n'est-ce pas ? Vous seriez prêt à prendre le risque ? Pas moi en tout cas, les gens (conditionnés) sont tellement cons. Lisez plutôt cette histoire qui démontre à quel point le niveau de connerie atteint parfois les sommets.

Souvenez-vous de cette histoire d'anthrax qui remonte déjà à pas mal d'années. L'anthrax, ou fièvre du charbon, existe depuis l'antiquité. Par amertume ou par esprit vindicatif, un militaire américain avait cru opportun d'envoyer des spores d'anthrax à des politiques, sous forme de poudre blanche dans une enveloppe. Après analyse, et confirmation d'un risque sanitaire potentiel, les laboratoires se sont affolés et ont aussitôt déclenché une alerte stipulant que de toute enveloppe contenant de la poudre blanche non identifiée était probablement infectée d'anthrax. Et la machine sanitaire s'est emballée, appuyée par les présentateurs de journaux et d'émissions aliénantes, premiers vecteurs de propagande.

A partir de là, l'idée a germé que pour foutre les jetons à ses ennemis, lobotomisés par les médias alarmistes, il suffisait de leur envoyer une enveloppe anonyme contenant de la poudre blanche, farine, sucre en poudre, peu importe, l'essentiel étant que le destinataire ait des sueurs froides à l'ouverture du pli. Les VIP étaient les premiers ciblés. Que faisait un VIP qui recevait de la poudre blanche ? Aussi sec, l'épouvanté envoyait son enveloppe et le contenu suspect à un laboratoire conventionné pour analyse et se faisait désinfecter jusqu'au fion, de trouille d'être contaminé. Les laboratoires étaient débordés, tant il y avait d'enveloppes douteuses à analyser. Et systématiquement le verdict tombait : "rien de suspect à signaler, tout va bien" et le message de poursuivre "ça fera tant de pépettes pour les frais". Les laborantins, dévoués corps et âme, n'allaient tout de même pas bosser pour des prunes. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, car, dépité de s'être fait avoir comme un bleu, d'avoir engagé des frais inutiles et d'avoir fait caca dans son froc pour rien, le poudré de frais se rendait comme un seul homme au commissariat le plus proche pour porter plainte. Grave les boules, le mec. Et le machine judiciaire prenait le relais avec enquête, nouvelles analyses et tout le toutim.

Dans le climat de tension qui oppressait la France à ce moment-là, soumise à l'anthraxophobie massive, un peu comme aujourd'hui avec le coronatralala, l'expéditeur identifié après enquête, parce que distrait, il avait laissé ses empreintes sur l'enveloppe dans la précipitation ou parce que, blonde de son état, elle avait écrit son adresse au dos, il ou elle se voyait condamné à une lourde, très lourde peine. Son abominable crime était... d'avoir envoyé du sucre en poudre à son adversaire. Il n'en fallait pas plus pour incarcérer un farceur, bien inoffensif si on relativise les faits.

Difficile d'imaginer qu'envoyer de la farine dans une enveloppe soit passible de poursuites judiciaires. C'est pourtant ce qui s'est passé avec l'épisode anthrax. Or le même geste hors du contexte de panique n'aurait aucune suite. C'est le conditionnement par les médias qui affole les gens. Cette histoire n'aurait jamais dû déborder des frontières de l'Amérique, ce n'était rien qu'un banal fait divers qui n'aurait d'ailleurs jamais dû être ébruité. Mais ça... dès que l'oncle Sam s'enrhume, la France se met à tousser. Il n'en fallait pas plus pour que les charognards de l'audiovisuel y voient un filon qui alimenterait leurs journaux à sensation et grossirait au fil des jours jusqu'à prendre les proportions d'une menace digne de la guerre des mondes. On a fait peur aux Français avec une épidémie imaginaire, l'anthrax n'a fait aucune victime pendant cette période d'affolement prémédité, pas la moindre. C'était une histoire montée de toutes pièces par les journalistes, c'était du vent.

Ce que je raconte est réellement arrivé (voir lien plus bas). L'annonce fut faite au 20 heures que tout rigolo s'amusant à ce stratagème puéril d'envoyer de la farine à quiconque serait impitoyablement poursuivi et damné jusqu'à la fin des temps. A cette époque, même les crêpes bretonnes étaient suspectes. Pauvre France.

 

Lire l'article [ Les auteurs des lettres au faux anthrax condamnés ]

 

1 commentaire
#1  - Roland a dit :

J'ai connu cet épisode assez farfelu en effet. Le monde est fou.

Bien raconté, merci pour l'article.

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Quelle est la troisième lettre du mot xlje ?

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