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Bonne mais pas belle année


Sans être un donneur de leçons, permettez-moi de vous faire un petit cours de vocabulaire. Ayant loupé ma vocation de professeur de français, ce blog me donne l'occasion de m'exercer dans cette matière, la plus noble de toutes.

En cette période de l'année, qui gravite autour du jour de l'an, on assiste à une dérive linguistique dans la façon de se souhaiter les voeux. Ainsi, voit-on fleurir de plus en plus le terme erroné de "belle année" au lieu de "bonne année". J'aurais tendance à classer ce néologisme dans le vocabulaire de la novlangue, c'est à dire dans cette facheuse habitude de remplacer les mots par d'autres, comme "y'a pas de problème" a été remplacé par l'horripilant "y'a pas d'souci", ou le respectueux "instituteur" par l'abominable "professeur des écoles" (la liste est longue). Souhaiter une belle année à quelqu'un, ce n'est pas lui souhaiter une bonne année car ce qui est beau n'est pas forcément bon. Inversement, ce qui est bon, n'est pas forcément beau. De ce fait, se souhaite-t-on plus justement "bonne nuit" et non "belle nuit", "bon week-end" et non "beau week-end" et plus prosaïquement "bonjour" et non "beaujour". De même, on se souhaite une "bonne" santé et non une "belle" santé, ce qui étymologiquement ne veut rien dire, à l'instar du cérémonieux "belle personne".

Dans cette optique, il est une nouvelle expression, très à la mode, qui circule jusque sur les documents officiels, c'est le burlesque "bon bout d'an", sorte de patois ressemblant à un dialecte créole, dans le sens de un "ti bo" (traduction : un petit baiser) ou l'expression réunionnaise "la dodo lé là" (traduction "ici on sert de la bière Dodo"). Les puristes vous diront qu'en Provence, jadis, on se souhaitait le bon bout d'an, il s'agirait alors d'une nouvelle tendance à ressortir des formules poussiéreuses, l'expression se répandant de plus en plus dans un pervers effet de mode perroquet. On a tous compris que "bon bout d'an" signifie textuellement "je vous souhaite une bonne extrémité d'année". Si on étend ce néologisme aux expressions courantes, pourquoi pas, il conviendrait alors de dire "bon bout de semaine", ou plutôt "bonne extrémité de semaine" pour dire "bon week-end", voire "bon bout d'jour" pour "bonsoir". Ridicule n'est-ce pas ? La langue française, c'est la langue des poètes, elle est trop belle (et non bonne) pour être sans cesse déformée par des expressions nouvelles qui n'ont aucune racine.

Dans l'espoir de voir tomber définitivement ces affreux masques qui, au-delà de leur protection discutable, cachent les visages des gens qui ne se reconnaissent plus, ne se saluent plus et s'évitent dans une méfiance condamnable, je vous souhaite une bonne année 2021.

 

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